La vision du realisateur

Un « western » du XVIIIème siècle

Jean Max Peteau nous parle du film

 Tout film comporte une part de fiction et aucun ne peut prétendre reconstituer à l’identique la complexité de la vie d’un homme, sur laquelle chacun conserve son propre regard 

Pourquoi Mandrin ?

Il y eut au 18ème siècle un grand nombre de contrebandiers redoutés des Fermiers Généraux et admirés du peuple, certains eurent même leur heure de gloire, et cependant un seul nom a traversé les siècles. Un seul s’est couronné lui-même « CAPITAINE GÉNÉRAL DES CONTREBANDIERS DE FRANCE » !

Si le nom de Mandrin résonne encore et toujours en Savoie et Dauphiné, Il est souvent ignoré ou mal connu dans le reste de la France

Bien que des documents aient déjà été produits autour de son histoire, ils n’ont jamais rendu au personnage toute la force et la modernité qu’offre son image. Charismatique et habile communicant Mandrin serait aujourd’hui une « Star des médias » et il semble particulièrement intéressant, dans cette époque en proie à de grands bouleversements, de jeter un regard neuf sur cette personnalité rebelle qui dénonçait déjà les excès du pouvoir.

Pour moi Mandrin, c’est l’histoire d’un petit « délinquant » qui devient ennemi public n°1 du royaume et un héros pour le peuple. C’est l’histoire d’un homme qui traverse cette première moitié du XVIIIème siècle « avec des ailes… à la vitesse de la lumière… et que le peuple aime à la fureur » comme l’écrit Voltaire.

Un des traits de caractère qui me fascine  chez Mandrin, et que l’on peut rapprocher de nombre de nos contemporains, c’est sa facilité à promouvoir sa propre image et à prendre ainsi un ascendant sur le peuple. J’aime cet homme libre qui va jusqu’au bout de son insoumission. Il est issu d’une famille bourgeoise et s’il s’oriente vers la contrebande ce n’est pas par déterminisme social mais par choix. J’aime cet homme qui se construit dans la négation. Après de nombreux mois passés à lire avec passion tous les livres, les correspondances de Voltaire, visité les lieux, rencontré des gens du pays savoyard et du Dauphiné… ainsi que des entretiens avec des historiens et des écrivains, Michèle Laurence et moi-même avons écrit le scénario du film et pour ce faire, nous avons choisi les moments clés qui nous paraissaient essentiels pour comprendre l’évolution et le parcours de ce personnage hors du commun, tout en créant un univers cinématographique personnel et en restant au plus prés de l’Histoire.

Si l’on en croit les témoignages de son temps, Louis Mandrin était extrêmement intelligent, charismatique, doué d’une éloquence naturelle, d’une force physique « prodigieuse », et d’une « belle humeur » qui pouvait contraster avec une violence aussi soudaine qu’extrême. Tous ces traits de caractère forts et ambivalents donnent tout son relief au personnage et me poussent à être particulièrement exigeant sur le choix de l’acteur qui lui redonnera vie.

Je sais que pour certains, Mandrin est un héros, un redresseur de torts, un justicier, un précurseur de la révolution, alors que les opposants ne voient en lui qu’un bandit, un voleur et un assassin. Je pense qu’il n’est ni l’un, ni l’autre et c’est cette matière entre les préjugés et la réalité qu’il me plait de mettre en lumière. Capter non seulement les scènes d’action ou « héroïques », mais aussi les contradictions, les fêlures de cet homme vénéré ou trahi, qui parviendra à supporter sans mot dire l’atroce supplice de la roue.

En France, on aime les personnages qui disent non. La France s’est construite dans la contestation: la Révolution, la Commune, Mai 68.  Mandrin est un contestataire.

TEASER  du film Mandrin contrebandier et rebelle – 1’55 

Le parti pris n’est pas de faire un livre d’Histoire illustré d’images d’Épinal, mais une véritable création cinématographique. Un film d’action et d’aventure, un « western » du XVIIIème siècle basé sur des faits historiques.

Le réalisme de la mise en scène mettra en évidence la rudesse des conditions de vie et la violence du quotidien vécu par le peuple de l’époque ainsi que l’intensité des scènes de chevauchées des contrebandiers à travers d’incroyables paysages montagneux, ou des vallées noyées dans les brumes. Les costumes des contrebandiers n’auront pas un aspect traditionnel, s’il en est, ni  « folklorique » mais sera une vraie création pour chacun des personnages, leur donnant une personnalité, tout en restant parfaitement crédibles pour cette époque.

L’ensemble des paysages de la région Dauphiné, Avant pays savoyard, Savoie et Auvergne servira de décors à notre film (villages, montagnes, grottes, auberges, églises, châteaux…).

musique originale du film  est composée par Guy Roger Duvert,

 

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